Photo: Aude Sirvain
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Fabulous Trobadors

Drôles de troubadours que ces deux-là. De l’amour courtois d’antan, éclos à Toulouse, ils font un amour citoyen, sorti de la Cour pour danser sur les places ; et rendent son pouvoir partageur à la musique populaire. Les chansons des trouvères et des grand-mères boivent à la source de jouvence du hip-hop, inspirent les nouveaux refrains de Claude Sicre et les alchimies sonores d’Ange B.  Brésil, New York ou Londres, la sono mondiale a rendez-vous dans la ville rose pour enfiévrer les fabuleux duels de tchatche des Trobadors d’aujourd’hui.

Duels de tchatche (2003)

01/01/2003

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Rappel des faits. En 1992, lorsque les Fabulous Trobadors ont lancé leur premier album " Era pas de faire ", dans la mare musicale française, la surprise fût totale. Jamais un groupe n’avait proposé un tel profil. En brisant les frontières entre le hip-hop, la musique des troubadours et les riddims de Jamaïque, les Fabulous Trobadors jetaient les passerelles entre les genres, les accents, les mondes, les âges et les continents. Provisoirement baptisé " rapatois ", leur concept bouleversait tous les a-priori et cassait en mille morceaux à la fois l’imagerie du rap et les clichés régionalistes en vigueur sur les musiques traditionnelles de France. Derrière cet alliage précieux et inédit, c’est aussi un curieux duo qui se proposait aux regards.

D’un côté Claude Sicre, qui a définitivement arrêté de jouer du rock lorsqu’il a découvert le blues rural américain. Depuis ce jour, il s’est mis en quête de son blues à lui, en fouillant le patrimoine des musiques populaires d’Occitanie. Ces chansons ancestrales qui ont traversé les siècles de bouche-à-oreille depuis le Moyen-ge, d’abord par les troubadours puis par les grands-mères. Ces chansons jouées le plus souvent a cappella ou sans grande instrumentation (tambourin, vielle…), des chansons universelles nourries et réinventées sans cesse au contact des époques, des langues et des rythmes. L’Occitanie, il va la trouver dans son creuset natal mais aussi dans une cassette d’Embaladores, ces riddims venus du Nordeste du Brésil, dont il va rapidement adapter les chaloupes dans son répertoire écrit en langue d’Oc.

De l’autre, Jean-Marc Enjalbert alias Ange B., passionné de sons qui a mis tous ses disques de hard-rock au placard le jour où le rap est entré dans sa vie. Un chercheur en sons qui, faute d’instruments électroniques, a passé son temps à imiter tous les sons du hip-hop (et même plus…) en acoustique buccale. Véritable human beatbox, Ange B. sculpte le beat électronique à la lèvre et met le scratch en bouche. Il ravive presque sans le savoir l’esprit des joutes vocales africaines, le grain de folie des jeux des musiciens noirs américains dans le jazz vocal primitif.

Avec leurs vingt ans d’écart, Claude Sicre (à la barre des compositions, paroles et musiques) et Ange B. (en performer et acrobate du son et des effets spéciaux) ont tissé le lien entre deux visions de l’Amérique, deux manières de vivre le quotidien et deux envies de cultiver leurs racines musicales. Ensemble, ils mettent le hip hop dans les campagnes et exportent les chansons des troubadours dans les sound systems de Kingston, les rues de Rio ou les quartiers de New York. Côté texte, l’improvisation et le discours sont les maîtres mots. Vivace, engagée, parfois enragée mais toujours courtoise, la langue des Fabulous Trobadors pèse ses mots sur la démocratie, les contre-pouvoirs civiques et culturels, la décentralisation et la pluralité culturelle. Référencée, la musique des Fabulous Trobadors invite au débat, attire l’attention sur la richesse de la pluralité et argumente avec des chansons phares mais non fanfaronnes : Cachou Lajaunie, Come on every Baudis, Felix Castan …

C’est sur cette matrice minimaliste et doucement radicale que les Fabulous Trobadors vont échafauder leurs deux albums suivants, Ma ville est le plus beau park (1995) et On the linha Imaginot. (1998) en remplissant progressivement l’espace sonore de petites bizarreries électroniques et d’arrangements venus de New York ou de Londres. De plus en plus fourni et enrichi de modernité, ce rapatois va peu à peu traverser les frontières et chatouiller les oreilles du monde, notamment grâce à trois tubes en puissance : L’accent, Fais de la politique et l’Omelette au pastis. Avec les Fabulous Trobadors, le hip-hop de France est devenu fier de ses folklores, de son héritage médiéval et de sa littérature.

2003. Voilà cinq ans que les Fabulous Trobadors n’ont pas donné signe de vie discographique. Cinq ans, il fallait bien ça au duo pour se régénérer, remettre le hip-hop sur l’établi occitan et revigorer son inspiration au contact de la rue, dans des jeux d’improvisations menés avec le public. Pour ce quatrième album, Duels de tchatche et autres trucs du folklore toulousain …, les Fabulous sont revenus aux sources de leur art. Affûtés comme aux premiers jours, ils ont renoué avec une instrumentation légère, essentiellement acoustique —tambourin, beats et voix autour desquels gravitent " flûtes pyrénéennes ", accordéons et autres instruments traditionnels— et ils ont confié l’ensemble de la réalisation musicale à Sodi (Manu Chao, Fela, IAM).

Et d’emblée, c’est le son qui surprend. Un son sec et compact, soucieux du relief et du grain : un son “à l’africaine” qui conjugue nervosité et rondeur. Emballées de la sorte, les chansons des Fabulous Trobadors ont une sacrée allure. Pétillantes de malice et d’efficacité, elles invitent et à entrer dans la danse, au débat, à la joute verbale et à la dérision. Dans Duels de tchatche et autres trucs du folklore toulousain…, chacun trouvera le Fabulous Trobadors qui lui convient : celui qui vit au rythme des tropiques et des mouvements de bassins en fredonnant des chansons populaires (Bonne nuit, Demain, Y’a des garçons, L’anniversaire), celui qui rêve syndicaliste (Il nous ment), celui qui campe au milieu de la place pour une conversation musicale de quartier (Ça c’est oui) etc… Quelque soit le thème, les décors et les personnages de leurs chansons, les Fabulous Trobadors interpellent, incitent à la prise de parole et convient à partager une vision d’un monde empreint de valeurs démocratiques, de convivialité, de respect pour la chose publique.

Si les chansons des Fabulous Trobadors donnent matière à écouter et réfléchir, elles fonctionnent aussi comme de fabuleuses machines à improviser, à participer, à apporter son grain de sel quand elles se transforment en match de tennis de tchatche. Par trois fois sur ce disque, Ami, Sans pareil et Su tu te fais, c’est l’envie de prendre le micro qui l’emporte sur l’écoute et la sensation de redécouvrir les vertus cachées de la musique dans cette sorte de jeu de société à mi-chemin entre l’art du hip hop primitif et le jeu de rhétorique. Enfin, au carrefour des genres explorés par les Fabulous Trobadors sur ce nouvel album —chansons de circonstance, chansons de danse et duels de tchatche — il y a l’ineffable Toulousain, véritable chanson synthèse de la philosophie Fabulous, aux faux-airs d’hymne régionaliste qui détourne toute en second degré la tradition des chansons guerrières des stades pour se transformer en manifeste du civisme, en plaidoirie à tendance libertaire, anti-nationaliste et anti-chauvine. Un point d’orgue qu’on rêve déjà d’entendre chanté dans les gradins de France.

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